Du son aux notes

Le découpage de l'octave

Quand on s'initie à la musique, on nous présente en général l'existence des notes comme un absolu tombé du ciel. Il y a sept notes disposées de telle façon parce que « c'est comme ça et c'est tout ! ».

Or, ces fameuses sept notes ne doivent pas leur existence à un commandement provenant de je-ne-sais quelle divinité musicale : il s'agit d'une construction culturelle, et relativement récente d'un point de vue historique.

Nous utilisons sept notes et cinq altérations qui divisent l'octave en douze, mais nous aurions pû utiliser plus de notes, ou moins, et les répartir différemment. En fait, l'Histoire a vu naître, évoluer, mourir de nombreux systèmes de sélections de notes.

Pour comprendre notre système actuel, il faut donc revenir sur son historique et s'interroger sur les contraintes qui lui ont donné naissance.

Contraintes et prérequis

D'une infinité de fréquences, je veux établir une pré-sélection afin de créer des « notes », qui me permettront de fabriquer des intruments et d'avoir un vocabulaire commun avec d'autres musiciens.

Comment faire ? Quels sont mes besoins et mes contraintes ?

D'abord, il faut un nombre de notes raisonnable. Si je sélectionne trop de fréquences pour en faire des notes, je me complexifie la tâche : jouer d'un instrument va être plus difficile, il y aura plus de notes à mémoriser, composer de la musique va devenir plus compliqué, etc. D'un autre côté, si je sélectionne trop peu de fréquences, je ne pourrai pas écrire de mélodies suffisamment subtiles. En raisonnant par l'absurde, on peut dire que 2 notes ce n'est pas assez, mais 10000 notes c'est trop. Il faut donc un juste milieu.

Par ailleurs, je ne peux pas sélectionner les fréquences au hasard, il faudrait qu'elles soient séparées d'intervalles consonants et que je puisse couvrir plusieurs intervalles différents (quinte, quarte, tierces, secondes, etc.) en passant de notes en notes. Ce n'est qu'à ce prix que je pourrai exprimer quelque chose à travers la musique.

Et puis, faut-il entre chaque paire de notes successives un écart constant ? Ça peut paraître idiot, comme question, parce que nous n'avons pas l'habitude de procéder autrement. En effet, sur un piano, il y a toujours le même écart entre deux touches consécutives. Néanmoins, c'est un système qui n'est pas sans contrepartie (nous le verrons plus loin) et il n'en a pas toujours été ainsi.

Notre système de sélection de notes doit donc prendre en compte les besoins suivants :

  • proposer un nombre de notes adéquat, assez pour permettre de créer de la musique expressive, mais pas au point de complexifier les choses inutilement ;
  • permettre de jouer des intervalles plus ou moins consonants ;
  • simplifier au maximum la fabrication et l'apprentissage des instruments.

Comment choisir des notes ? Cahier des charges

Nous allons le voir, il existe de nombreuses façons de procéder pour établir une sélection de notes. Mais il est une chose qui n'a pratiquement pas varié à travers les âges, c'est le découpage de l'octave.

On sait que deux sons séparés d'une octave peuvent pratiquement être considérés comme « les mêmes ». Par conséquent, absolument tous les systèmes de sélection de notes à travers l'histoire ont postulé la chose suivante : si deux sons sont séparés d'une octave, il s'agit de la même note.

Pour établir notre sélection de notes, nous n'avons pas besoin de considérer l'intégralité du spectre audible, de 20 à 20000 Hz ; au lieu de ça, nous pouvons nous concentrer sur une seule octave, et ça simplifie énormément les choses. Nous allons procéder ainsi.

  1. Décidons d'une fréquence de départ d'une manière totalement arbitraire, par exemple 440 Hz.
  2. Sélectionnons un sous-ensemble fini de fréquences entre 440 Hz et son octave, 880 Hz et donnons leur des noms. Nous avons nos notes.
  3. S'il nous faut des notes plus aiguës, il suffit de reproduire le même découpage à l'octave supérieure (880 ~ 1760 Hz), et supérieure, et supérieure, etc. Idem, pour des notes plus basses, on divise les fréquences par deux pour obtenir l'octave inférieure, et inférieure, etc.

Il ne nous reste plus qu'à étudier cette fameuse étape 2).

En résumé

Les notes que nous connaissons – do, ré, mi… – ne sont pas tombées du ciel. C'est une construction historique qui a évolué avec les siècles.

Une telle construction répond à des impératifs plus ou moins compatibles entre eux.

Historiquement, pour sélectionner des sons pour en faire des notes, on ne considère que l'intervalle d'une octave plutôt que l'intégralité du spectre auditif. Ainsi, deux notes séparées d'une octave sont en fait considérées comme « la même ».